Où le cerveau humain sauve-t-il nos émotions ? – Pourquoi Docteur ?

Nous traversons une pléthore d’émotions en une seule journée. Cependant, bien qu’elles soient nombreuses, l’ensemble de nos émotions ne tiennent en réalité que dans une petite région du cerveau, une zone que l’on peut représenter topographiquement, et qui ne ferait que trois centimètres de long. Cette découverte provient de l’Ecole des hautes études de Lucca (Italie). Le professeur Pietro Pietrini, a présenté dans une étude publiée dans Nature Communications, une “carte” des émotions.

Etudier les émotions que le cerveau ressent devant un écran

Les chercheurs de l’Ecole des hautes études ont étudié les émotions d’un groupe de 15 personnes, en leur demandant de définir leurs émotions pendant qu’ils regardaient le film américain de 1994, Forest Gump. Pendant toute la durée du film, ces 15 volontaires ont rapporté scène par scène leurs sentiments et leur force respective sur une échelle de 1 à 100. 

Pour mieux comprendre où se “cachaient” nos sentiments, l’équipe a utilisé des données scientifiques provenant d’une étude allemande de 2016 appelée Studyforrest, qui a fourni des données d’imagerie cérébrale provenant des scans IRM fonctionnelle de 15 participants montrant quelles régions étaient actives pendant chaque scène du même film.

L’équipe a analysé les données des deux études, en comparant les mesures d’émotion auto-déclarées aux données de l’IRM fonctionnelle. Ils ont découvert que l’activation des régions temporo-pariétales du cerveau (soit la jonction entre le lobe temporal et le lobe pariétal; cette zone est située à l’arrière du crâne, un peu au-dessus des oreilles) était associée aux états affectifs que nous ressentons à un moment précis, nous fournissant ainsi la carte de notre expérience émotionnelle. 

Faire correspondre les émotions à l’activité cérébrale

L’analyse des données faites par Giada Lettieri, première autrice de l’étude, et Giacomo Handjaras, tous deux doctorants à l’Ecole des hautes études, montre que la polarité, la complexité et l’intensité des expériences émotionnelles sont représentées par des transitions douces dans les territoires temporo-pariétales droits. Pour information, ce processus ressemble à la façon dont les sens, comme la vue ou l’ouïe, sont représentés dans le cerveau. Les chercheurs ont baptisé cette approche “émotionotopie”, en rapport avec la technique similaire de la rétinotopie, qui “cartographie” la façon dont les données visuelles sont représentées dans le cerveau.

“Cette étude est également un exemple intéressant de science ouverte et d’initiatives de partage de données en neurosciences”, indique Luca Cecchetti, auteur principal de l’article et professeur assistant à l’Ecole des hautes études de Lucca. 

Pour Pietro Pietrini, psychiatre et co-auteur de la recherche, directeur du laboratoire de l’esprit moléculaire (MoMiLab) à l’Ecole des hautes études, les résultats de cette étude marque un grand pas en avant dans la compréhension que le monde scientifique se fait des émotions. “La dissection des corrélats cérébraux des facteurs élémentaires qui modulent l’intensité et la qualité de nos émotions a des implications majeures pour comprendre ce qui se passe lorsque les émotions deviennent malades, comme dans le cas de la dépression et de la phobie. Ces études rapprochent la psychiatrie des autres domaines de la médecine en trouvant des corrélats biologiques objectifs des sentiments, qui sont des états subjectifs”. 

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